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Est-ce que trop d’outils tuent la pédagogie ?

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« La multiplication des supports de formation perturbe-t-elle l’apprentissage ? ». Grande question que tout professeur ou formateur est amené un jour à se poser, à une époque où il est possible d’utiliser de nombreux outils pour animer ses cours et ses formations. Pêle-mêle : supports de présentation animés (Prezi), projection de vidéos pédagogiques, jeux de formation divers et variés, prise de notes collaborative (Unishared), quiz, sondages ou évaluations par le biais des smartphones, tablettes ou ordinateurs des apprenants (Socrative), etc. Les idées ne manquent pas et nous les partageons d’ailleurs toutes sur Sydologie.
Mais à trop vouloir dynamiser ses cours et ses formations pour donner envie d’apprendre et favoriser la mémorisation, ne risque-t-on pas d’être au final contre-productif ? En multipliant les supports de formation, ne risque-t-on pas de diluer les messages que l’on souhaite faire passer et donc de réduire leur apprentissage et leur mémorisation ?
Tout va dépendre en fait de la manière dont on utilise ces supports.
Le blog « Ancrage mémoriel- la science au service de la mémorisation » a relayé récemment les résultats d’une expérience menée par Helene Hembrooke (directrice associée du Human-computer Interaction Group de l’université Cornell aux États-Unis) et Geri Gay (présidente de la chaire des communications de la même université). Le principe de leur expérience était simple : elles ont demandé à un groupe d’étudiants d’écouter un cours donné par un professeur, tout en leur permettant d’utiliser leur ordinateur portable pour effectuer des recherches sur Internet (en rapport ou non avec le cours donné). Pendant ce temps, un autre groupe se contentait simplement d’écouter le cours.
A la fin du cours, elles ont demandé aux deux groupes d’évoquer les contenus qu’ils avaient entendus et les résultats ont été les suivants : le groupe d’étudiants « monotâche », qui s’est concentré uniquement sur le cours, s’en souvenait beaucoup mieux que l’autre groupe « multitâches » dont l’attention avait été divisée entre le professeur et l’ordinateur. En bref, les étudiants qui ont multiplié les tâches ont vu leur attention diminuer, ce qui a donc perturbé leur apprentissage et leur mémorisation du cours.Vous allez dire « Oui et alors ? Qu’est-ce que cette expérience apporte de nouveau au schmilblick ? ».
Il est vrai que cette conclusion n’a rien de vraiment surprenant. On se doute bien qu’en faisant plusieurs tâches en même temps (suivre un cours et, au mieux, faire des recherches sur un sujet en rapport avec ce même cours, au pire aller sur Facebook® ou Twitter®), on n’est pas 100 % attentif ni à l’une, ni à l’autre tâche… Pour autant, il peut être utile de garder en tête la conclusion de cette expérience, car elle en implique une autre : l’utilisation simultanée de plusieurs supports de formation serait un frein à l’apprentissage, dans la mesure où l’attention des apprenants est divisée. Une conclusion dont il peut être utile de se souvenir à une époque où, comme on le disait plus haut, les professeurs et les formateurs ont à leur portée de multiples outils pour rythmer leurs cours.
Ainsi, plutôt que d’utiliser simultanément différents supports (par exemple, en demandant aux élèves de répondre en direct à un sondage, alors qu’ils doivent continuer à suivre le cours, ou encore en leur faisant lire un document alors que le cours continue), il est préférable de segmenter leur utilisation pour ne pas rendre son cours incompréhensible.
Par exemple :
–       en utilisant un support de présentation pour structurer son cours dont les slides ne sont pas surchargées en informations pour éviter aux apprenants de lire ce qui est écrit pendant que le professeur dit autre chose,
–       en diffusant une vidéo à des moments ciblés pour éclairer un aspect précis de son cours et en laissant le temps aux apprenants de la regarder,
–       en ponctuant son cours de petites animations (comme des jeux de formation) pour introduire des espaces de respiration dans la formation et laisser ainsi la possibilité aux apprenants de s’exprimer,
–       en faisant un quiz à la fin du cours plutôt qu’en plein milieu…
Multiplier les supports ne serait donc pas un frein à l’apprentissage si on les utilise avec bon sens !
Source ; Sydologie.com 13 décembre 2013