À New York, une école où l’on apprend en jouant!

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J’attire votre attention sur un article intéressant et lucide (voir le dernier paragraphe) sur les apports potentiels de l’innovation et la créativité dans la pédagogie. Bien sûr, cela ne correspond pas à tout le monde, mais je trouve plutôt chouette que de telles expériences existent.

article tiré de Ouest France: CORRESPONDANCE À NEW YORK, JESSICA GOURDON

(Photo : Jessica Gourdon)

(Photo : Jessica Gourdon)

ACTUALITÉ

Quest to Learn est le nom d’un établissement public scolaire pas comme les autres, à New York. Ses 600 élèves y apprennent en jouant ! Jeux vidéos, jeux de rôles, jeux collectifs ou individuels : toute la pédagogie est envisagée dans une approche ludique.

Ce mardi, en cours d’anglais, une quinzaine d’élèves de 6e installent sur leurs tables ce qui ressemble à un jeu de plateau, construit avec une feuille en carton et quelques papiers colorés. Kian, 11 ans, nous explique qu’il faut deviner les catégories auxquelles appartient un nom, avec des papiers à glisser dans des enveloppes, des points à gagner, des pièges à éviter. Chaque élève a créé son propre jeu, mais teste ceux de ses voisins, puis les évalue selon différents critères, muni d’une grille.

Ce qui pourrait être une activité de veille des vacances est le quotidien de Quest to learn (Quête pour Apprendre). Un collège-lycée public de New York de 600 élèves, unique en son genre, créé en 2009 sous l’impulsion de l’Institute of Play, un organisme financé notamment par la fondation McArthur et par Bill Gates.

(Photo : Jessica Gourdon)

(Photo : Jessica Gourdon)

Les enseignants conçoivent des jeux

Le principe de cet établissement expérimental : utiliser en permanence, et dans tous les cours, le jeu pour apprendre. Que cela soit des jeux de plateaux, des jeux vidéos, des jeux de rôles, des jeux collectifs ou individuels : toute la pédagogie est envisagée dans une approche ludique.

« Nous sommes partis d’un constat : le manque de motivation et d’implication des élèves, en particulier au collège. Or, le jeu est quelque chose qui les intéresse tous », explique Rebecca Rufo-Tepper, directrice de la formation à l’Institute of Play. Elle ajoute que le jeu permet de développer la créativité, et les capacités de travail en équipe. « Notre philosophie, c’est d’imaginer des situations où les élèves apprennent en testant tout de suite leurs savoirs, de façon ludique », remarque Robert Gehorsam, directeur de l’Institute of Play.

Pour cela, l’établissement s’est donné les moyens. Outre un très bon équipement en tablettes, ordinateurs, logiciels, imprimante 3D ou imprimantes, les classes ne comptent qu’un professeur pour quinze élèves. Surtout, l’Institute of Play a mis à disposition huit spécialistes qui aident les enseignants à concevoir des jeux pour leurs cours.

Ces jeux prennent parfois des dimensions inattendues. Dans un cours de sciences de 6e, on aborde la chimie via la création de recette de cuisine. Dans un autre, on joue à Minecraft. Dans une salle de 4e, des élèves réalisent des campagnes contre le harcèlement.

(Photo : Jessica Gourdon)

(Photo : Jessica Gourdon)

Améliorer l’expression

« Chaque groupe doit trouver le bon message pour sa cible. Certains s’adressent à des enfants, d’autres à des jeunes de leur âge, d’autres à des parents. Certains font des vidéos, d’autres des BD, des affiches, un blog. C’est une manière d’améliorer leur expression, et de leur faire comprendre comment on cible un message », explique l’enseignante.

Plus loin, une classe de première s’essaie au débat littéraire, façon émission télévisée, à propos d’un livre. L’animateur donne la parole à chacun, tandis que d’autres sont juges et notent les interventions.

Dans la salle à côté, en cours de maths, des élèves suivent sur leur ordinateur portable un module interactif, tandis que d’autres, en petit groupe, font un exercice avec l’enseignante, une manière pour elle de s’adapter à la vitesse d’apprentissage de chacun.

Et en cours de sport, les élèves inventent leurs jeux collectifs. Ce matin-là, des équipes d’ados assis sur des chariots à roulettes se passent des balles en remuant dans tous les sens, sur fond de grands éclats de rire.

Gestion du temps et pensée asymétrique

Tout cela est-il efficace ? Il est encore tôt pour le dire, mais en 2013, ces élèves ont obtenu des scores supérieurs aux tests de la ville de New York (+ 56 % par rapport à la moyenne en anglais, et + 43 % en sciences). Une étude menée par Valérie Shute, chercheuse à la Florida State University, a aussi montré qu’ils se distinguent particulièrement en matière de gestion du temps et de pensée systémique (liens de cause à effet, anticipation, prise en compte de différentes dimensions dans un problème).

Tout cela alors qu’ils ne sont pas spécialement favorisés socialement (ils s’inscrivent sur la base du volontariat, et les admis sont tirés au sort). Pour Quest to Learn, le moment de vérité arrivera l’année prochaine, lorsque la première promotion passera l’équivalent du bac et postulera aux universités.